RIMINI PROTOKOLL : LE THÉÂTRE EN MODE PARCOURS DOCUMENTAIRE
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annamaria monteverdi/ Settembre 11, 2015/ DIGITAL PERFORMANCE, FOCUS

Extract by: MCD.COM essay by Laurent Catala

Pionnier du théâtre expérimental et multimédia, le collectif berlinois Rimini Protokoll invite dans Situation Rooms le public du théâtre des Amandiers de Nanterre à une expérience scénographique à mi-chemin de l’immersion déambulatoire et du web-documentaire.

Médecin de MSF, gestionnaire international des systèmes de défense, ouvrier d’usine de minutions, réfugié syrien, ou encore enfant-soldat, le parcours imbriqué que constitue Situation Rooms et auquel le collectif berlinois Rimini Protokoll convie vingt spectateurs-usagers pour chacune de ses représentations au théâtre des Amandiers de Nanterre prend de multiples visages.

Si ceux-ci tournent tous autour la guerre [le terme de Situation Room lui-même a été emprunté à la célèbre photo où l’on voit Barack Obama dans son bureau entouré de ses collaborateurs au moment de la traque ultime d’Oussama Ben Laden], de l’armement et des dommages collatéraux humains, réels ou programmés (le cynisme du pilote de l’Indian Air Force quand il vante les valeurs de progrès qu’incarne l’utilisation en devenir des drones de combat), ils ne cèdent jamais complètement au pathos que la vision brusque de tels portraits pourrait induire. Il n’y a pas de temps pour cela.

Car muni de votre iPad et de votre casque audio, lâché dans un décor coulissant et interchangeable de bureaux, de laboratoires, de salles de conférences ou de zones de conflit, où les différentes notions de perspectives et d’espaces ne cessent de changer, vous n’avez finalement ni le choix des armes, ni celui de la réflexion. Par période de sept minutes, vous allez incarner successivement dix avatars sur les vingt que compte au total ce dispositif aux allures de jeu vidéo en mode réalité augmentée lo-fi. Et vous confrontez en quelque sorte à la double sensation d’être à la fois la victime et le bourreau, quand vous passez de la compassion du chirurgien pour les blessés qu’il soigne à la morgue morbide du trafiquant de drogue mexicain quand il énumère ces chers disparus.

(continua su MCD.COM)

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